La fermeture du Marineland d’Antibes marque un tournant historique pour la captivité des cétacés en France. Mais derrière l’annonce politique se cache une question sensible : que vont devenir les douze dauphins encore présents sur le site ?
Un transfert vers le ZooParc de Beauval est aujourd’hui considéré comme l’option la plus avancée. Pourtant, déplacer des dauphins nés et élevés en captivité représente un défi scientifique, logistique et éthique majeur.
Une fermeture dictée par la loi
La fermeture de Marineland, effective depuis janvier 2025, découle directement de la Loi du 30 novembre 2021, qui prévoit la fin progressive des spectacles et de la captivité des cétacés sur le territoire français.
Le 16 février 2026, un comité de pilotage inédit s’est réuni pour organiser l’avenir des animaux. Il rassemblait :
- représentants de l’État
- scientifiques spécialisés en cétacés
- associations de protection animale
- élus locaux
- exploitants
- structures d’accueil potentielles
L’objectif : trouver une solution conforme à la loi, tout en garantissant le bien-être des animaux et la sécurité des équipes.
Pourquoi Beauval est-il privilégié ?
À ce stade, le transfert vers le ZooParc de Beauval est jugé “le plus solide juridiquement et techniquement” par les autorités.
L’établissement s’est engagé par une charte à :
- encadrer strictement les conditions d’accueil
- limiter les transferts à ceux justifiés par le bien-être animal
- exclure toute insémination artificielle
- adapter les installations aux besoins comportementaux des dauphins
Une décision définitive est attendue d’ici la fin mars 2026, après les expertises en cours.
Comment déplacer 12 dauphins concrètement ?
Déplacer un dauphin n’a rien d’anodin. Il s’agit d’animaux sociaux, intelligents et particulièrement sensibles au stress.
1️⃣ Une préparation médicale minutieuse
Chaque dauphin devra subir :
- un bilan de santé complet
- des examens sanguins
- une évaluation comportementale
- une surveillance vétérinaire renforcée
Le transport ne peut être envisagé que si l’état physique et psychologique de l’animal est compatible avec l’opération.
2️⃣ Un transport hautement technique
Le déplacement d’un dauphin implique :
- une civière adaptée maintenant l’animal hydraté
- un contrôle constant de la température corporelle
- une humidification régulière de la peau
- un transport routier sécurisé et rapide
Chaque minute compte. Le stress doit être minimisé pour éviter tout choc physiologique.
3️⃣ Maintenir les repères humains
Les soigneurs de Marineland pourraient accompagner les dauphins vers leur nouveau site. Cette continuité humaine est essentielle :
- elle réduit le stress
- elle maintient des routines connues
- elle facilite l’adaptation comportementale
Chez les dauphins, les liens sociaux — qu’ils soient interspécifiques ou humains — jouent un rôle clé dans la stabilité émotionnelle.
Un calendrier contraint
Un élément complique davantage la situation : le futur site d’accueil annoncé par Beauval ne devrait être opérationnel qu’au printemps 2027.
D’ici là, les autorités envisagent de maintenir les dauphins à Antibes, considérant que :
- leur état de santé le permet
- les installations restent adaptées pour une phase transitoire
Ce délai soulève néanmoins des interrogations : prolonger la captivité temporairement est-il préférable à un transfert rapide mais potentiellement stressant ?
Le cœur du débat : le traumatisme animal
La question centrale reste celle du stress.
Les pouvoirs publics assurent analyser chaque option avec “exigence et transparence”, cherchant des garanties solides en matière de bien-être animal.
Mais les visions divergent.
🟢 Les partisans des sanctuaires
Certaines ONG militent pour des sanctuaires marins en semi-liberté. Ces structures permettraient :
- un espace plus vaste
- un environnement plus naturel
- une réduction des interactions humaines
Problème : la plupart de ces projets sont encore à l’état embryonnaire ou ne disposent pas de capacités suffisantes pour accueillir douze dauphins.
🔵 Les partisans d’un transfert vers un parc existant
D’autres experts estiment qu’un transfert vers une structure déjà opérationnelle constitue la seule solution immédiatement viable, notamment pour des dauphins nés en captivité et difficilement réadaptables au milieu naturel.
La réintroduction en mer est en effet quasi impossible pour des individus qui :
- n’ont jamais appris à chasser
- dépendent des soins humains
- ont développé des comportements adaptés à la captivité
Une situation inédite en France
Le dossier des dauphins de Marineland révèle une transition complexe :
👉 La loi interdit désormais leur exploitation.
👉 Mais aucun modèle totalement abouti n’existe encore pour leur reconversion.
Nous sommes face à un paradoxe :
- Les delphinariums doivent disparaître.
- Les alternatives ne sont pas encore pleinement opérationnelles.
Il ne s’agit plus seulement de fermer des bassins, mais de repenser toute une gestion éthique des animaux captifs.
Un enjeu sociétal plus large
Depuis la réforme du Code civil en 2015, les animaux sont reconnus comme des êtres vivants doués de sensibilité. Cette évolution juridique renforce les exigences en matière de bien-être.
Le transfert des dauphins de Marineland devient ainsi un test grandeur nature :
- Peut-on organiser une transition sans traumatiser les animaux ?
- Les décisions politiques peuvent-elles s’appuyer pleinement sur la science ?
- La société est-elle prête à financer des alternatives durables ?
Une décision attendue fin mars 2026
D’ici quelques semaines, le gouvernement devra trancher.
Le choix ne sera pas simplement logistique. Il sera symbolique.
Il marquera la manière dont la France entend tourner la page des delphinariums tout en assumant la responsabilité des animaux déjà captifs.
Car en 2026, le défi n’est plus de savoir s’il faut déplacer les dauphins.
La vraie question est : comment le faire sans trahir l’objectif de protection animale qui a motivé la loi.





